Histoire de Perle

Le captage et l’élevage


Cette première phase consiste à capter les larves d’huîtres qui se déplacent dans les lagons au gré des courants marins Le captage peut être réalisé via des capteurs naturels, à base d’algues ou des capteurs synthétiques en nylon. 
Considérons l'hypothèse d'un captage réussi. Un total provisoire estimé de naissains fixés peut être déterminé au bout de quelques mois en établissant une moyenne sur plusieurs collecteurs pris au hasard et en la rapportant au nombre total que porte la station.    
Le perliculteur qui connaît bien les particularités de sa zone d'élevage en matière de prédation et de compétiteurs, va être en mesure d'anticiper le nombre de juvéniles potentiellement récoltables pour la mise en élevage. Il n'est pas rare que sur le nombre de naissains estimé à quelques mois, seulement la moitié subsiste au détroquage un an après. Il n'est pas rare non plus que l'estimation du nombre de naissains portés par une station soit faite au jugé, ce qui donne en général de savoureuses négociations entre un acquéreur potentiel et l'éleveur.

Coquillage

Le "détroquage" ou action de récolter le naissain pour la mise en grossissement, consiste à couper délicatement le byssus qui raccorde chaque juvénile à son collecteur à l'aide d'un couteau. A ce stade, un byssus qui serait arraché, signifierait, l'endommagement de la glande byssogène et la mort probable de la nacre.  
Ce lien qui unissait le naissain à son collecteur va être recrée par l'intermédiaire d'un fil nylon passé dans un orifice percé dans la nacre en un endroit bien particulier et noué à un chapelet d'élevage dont il existe plusieurs types.   

Un premier nettoyage et un tri par classes de taille s'effectuent à l'occasion du détroquage. Cette opération essentielle de l'élevage a un but : fournir à la nacre l'espace  propice à son développement par un meilleur accès à la nourriture qui dépend directement du volume d'eau filtrée (80 à 100 litres/heure chez un individu jeune).  
Avec cette rationalisation commence la réelle phase de captivité de la nacre. Ce qui l'unit maintenant à son support d'élevage n'est plus de son fait, c'est un choix imposé par l'éleveur.   
En fonction de la taille au détroquage et dans des conditions favorables, cette phase dite de pré grossissement dure un an à un an et demi.  Ce n'est pas une étape mineure, il est essentiel pour le perliculteur de gérer le nettoyage des chapelets  et d'apporter régulièrement de la flottabilité à la filière pour compenser la prise de poids des nacres

Le nettoyage consiste à éliminer les épibiontes (les organismes fixés sur les valves) par des moyens mécaniques (surpresseurs, couteaux, brosse) ou par des bains sur-salés. La croissance d'une nacre propre est considérée comme plus rapide et homogène.

 

 

La flottabilité se gère par l'apport de bouées immergées. Si l’on considère que la profondeur d'élevage optimale se situe entre 5 et 10 mètres, on comprend dès lors qu'une ligne qui aura fait de fréquentes incursions au-delà de cette profondeur présentera  des nacres de moindre qualité pour les opérations de greffe.

 

Deux ans et demi environ séparent cette nacre domestiquée prête à greffer de la larve errante aux chances de survie improbables. Pour le perliculteur, deux ans et demi d'angoisses nocturnes à écouter les rafales de maraamu (vent du sud) qui vieillissent et cassent les structures, deux ans et demi de  réveils à cinq heures du matin pour réparer le moteur hors-bord qui devra tourner toute la journée ou le groupe électrogène hors d'âge, deux ans et demi de plongées dont on finit par ne plus retenir  que les anémones qui piquent, les "kapi kapi" qui coupent, le froid d'Août qui engourdit, et les coquilles broyées par les "fai manu" ou les "oïri", deux ans et demi où il a fallu davantage compter sur soi et sur la clémence des éléments que sur d'improbables aides extérieures. Papeete est si loin, les hommes et le matériel si vulnérables. 

Les nacres sont nettoyées puis soigneusement choisies en fonction de deux critères : leur état sanitaire global  et les couleurs présentes sur la  coquille interne. Seront donc rejetées toutes les nacres fortement parasitées par le "puhune" (bio perforant),  celles dont le muscle adducteur est trop faible à l'ouverture, le manteau rétracté ou présentant une sécrétion de mucus trop importante, les animaux manifestements trops vieux  (plus de barbe de croissance) et ceux ne présentant pas une bande de couleur suffisament large et colorée. Les caractéristiques de cette bande de couleur ne peuvent s'apprécier que par un contrôle visuel effectué sur la nacre préouverte en repoussant délicatement le manteau avec la spatule.

Nous abordons ensuite la phase de collage. Généralement, un demi nucléus est utilisé et deviendra le cœur du Mabe mais d’autres formes peuvent être envisagées.

Les nacres sont ensuite remises à l’eau sur des chapelets ou dans des paniers. 

Ceci pour une période de 6 à 8 mois, pendant lesquels la nacre va se développer et dans un même temps recouvrir la pièce qui a été collée au cours de la greffe. Nous allons après 12 mois atteindre une couche de nacre d’environ 1 mm. Afin de garantir une qualité concernant les points suivant : la longévité du Mabe, un lustre parfait, et un orient très profond. 

Greffe

La récolte est la dernière des étapes qui se déroule au sein de la ferme. Les Mabes seront récoltés en les découpant de la nacre sur laquelle ils se sont développés. Pour être ensuite polis ou non avant commercialisation. D’autres étapes se dérouleront ensuite au sein des ateliers de joaillerie.